jeudi 12 mars 2009

Sixto Rodriguez/ColdFact


(Folk/Blues/Soul) - Sussex - 1970

L'histoire du rock'n'roll regorge de mythes, d'anecdotes connues de tous, de destinées brisées et de génies incompris. Il existe peu d'artistes au monde aujourd'hui à posséder une aura aussi impénétrable que Sixto Rodriguez, personnage intrigant dont on raconte tellement de légendes qu'on ne sait plus aujourd'hui discerner le vrai du faux. Parmi les faits certifiés, on sait que Sixto Diaz Rodriguez est un artiste américain qui n'a à son actif qu'une courte discographie de deux albums studio. Le premier des deux, Cold Fact, est peut-être le plus bel album sorti en 1970, et peu de monde le sait. La raison ? L'album s'est mal vendu à l'origine, la maison de disques a coulé quelques années après, ce qui a proscrit toute réédition, et, plus important, l'artiste a complètement disparu de la face du monde.

Une telle absence a alimenté les rumeurs les plus folles autour de lui. Il se serait un jour tiré dans la joue sur scène, on l'aurait aperçu sur scène en Afrique du Sud en plein Apartheid... mais personne ne savait vraiment ce qu'il était advenu de l'artiste... un fantôme. L'obstination et la foi de deux fans qui ont lancé au début des années 90 le projet de le retrouver via un site Internet nommé "The Great Rodriguez Hunt" a néanmoins fini par payer. Immense surprise, ils ont alors découvert que l'artiste n'avait en fait jamais bougé et vit toujours à Detroit (ça ne s'invente pas), où depuis 30 ans il mène une vie paisible, à étudier la philosophie, à exercer un travail, et même à se présenter à des élections locales régulièrement.

La raison qui a poussé des gens à parcourir le monde pour retrouver cetartiste obscur et oublié de tous tient en deux mots : Cold Fact. Cet album est tout simplement fantastique, un chef d'oeuvre perdu au croisement de l'album blanc des Beatles, de Forever Changes de Love, de Mellow Yellow de Donovan et des premiers Dylan. Accompagné de musiciens locaux, certains d'entre eux faisant partie des mythiques Funk Brothers[1], Rodriguez propose un folk psychédélique à moitié parlé, porté par des lignes de basse mélodiques et une production feutrée (on entend à l'occasion des violons soyeux , bois ou cuivres délicats). La voix de Rodriguez possède des intonations dylaniennes et hypnotise dès les premières mesures. L'album lui-même est hors-normes : on a rarement entendu telle collection de chansons magnifiques à la suite. A titre de comparaison, Donovan, malgré son talent immense, n'a jamais fait un album aussi bon et accompli que Cold Fact.

Le morceau le plus connu de l'artiste est celui qui ouvre l'album, "Sugar Man". Elu par le magazine britannique Mojo comme une des plus grandes drug songs de l'histoire (pour le refrain "Silver magic ships you carry / Jumpers, coke, sweet Mary Jane"), on y entend tous les ingrédients qui font de Cold Fact un grand album : mélodie imparable, texte intrigant, production parfaite. L'album possède plusieurs thématiques distinctes (l'amour, la séparation, la politique, les drogues) que Rodriguez aborde avec des textes grinçants et une verve jubilatoire.
Le verbe de Rodriguez est empli de rancune, ses attaques font mouche à chaque fois, que ce soit sur la mélancolique chanson de rupture "Crucify Your Mind", ("Soon you know I'll leave you / And I'll never look behind / 'Cos I was born for the purpose / That crucifies your mind") ou les protest-songs "Rich Folk Hoax" ("So don't tell me about your success / Nor your recipes for my happiness") et "This Is Not A Song, this Is An Outburst", qui rappelle étrangement "It'a Alright Ma..." de Dylan et qui possède la phrase la plus iconique de l'album : "This system's gonna fall soon, to an angry young tune / And that's a concrete cold fact".

Rodriguez n'est pourtant pas qu'un protest singer énervé, comme l'indiquent les nombreux morceaux plus personnels que contient l'album. Deux d'entre eux attirent l'attention car ils évoquent directement Janis Joplin, qui était encore en vie à la sortie de Cold Fact. Rodriguez et Joplin se connaissaient-ils ? Au vu des morceaux il semble que oui, mais le chanteur, de façon assez typique, n'a que des mots durs pour elle. Sur "Like Janis", il lui adresse quelques gentillesses ("So don't try to impress me, you're just pins and paint" ou "And don't try to enchant me with your manner of dress / 'Cos a monkey in silk is a monkey no less") avant de dresser un constat alarmant de l'état de la chanteuse sur "Jane S. Piddy" (que certains interprètent comme "Janis pity" et qui contient notamment le prémonitoire "But don't bother to buy insurance 'cos you've already died ").

Parmi la succession incroyable de mélodies parfaites ("Inner City Blues", "I Wonder"...), le sommet de l'album demeure sans doute "Hate Street Dialogue", sur laquelle Rodriguez envoie un de ses textes les plus forts ("I kiss the floor, one kick no more / The pig and hose have set me free / I've tasted hate street's hanging tree") sur une mélodie magnifique. Ce morceau qui parle de San Francisco (Hate Street faisant référence à Haight Ashbury, le célèbre quartier hippie) possède en outre un solo de guitare distordu qui illumine le morceau et le rend inoubliable. Seul incongruité au milieu d'un album essentiellement folk-rock, le rock lourd de "Only Good For Conversation" voit Rodriguez évoluer dans un registre proche de Jimi Hendrix. Pas de quoi entamer le crédit de Cold Fact, album proche de la perfection.

Sixto Rodriguez a sorti un deuxième album en 1972, intitulé Coming Reality. Si le disque possède ses bons moments, on n'y retrouve jamais la beauté irréelle de ce Cold Fact destiné à devenir le grand album folk oublié des années 60/70 (enregistré en 1969 et publié l'année d'après, il reflète assez bien la période de transition entre ces deux décennies). Après cela on n'a plus entendu parler de lui pendant 30 ans et les légendes ont commencé à germer.

Cold Fact est une merveille qu'il est impératif de redécouvrir. Sans artifices autres que sa voix et ses mélodies, Sixto Rodriguez narre ses histoires avec une grâce digne des plus grands. L'album vient d'être réédité en septembre 2008 pour la première fois depuis des lustres et figure désormais dans les rayonnages de tous les bons disquaires de France. Pas question de dire qu'on ne vous aura pas prévenu.

vendredi 6 mars 2009

Dan Deacon/Bromst


(Electronic/Abstract/Analog) - Carpark - 2009

Je me rappelle qu’en cours d’électronique, il nous arrivait de brancher une enceinte acoustique sur un générateur de basses fréquences (GBF), un appareil qui produit des signaux électriques basiques de formes carrés, triangulaires ou sinusoïdaux.
On ne peut pas dire que le résultat soit très agréable à l’oreille, surtout sans aucun traitement audio.
En tout cas, si nous ca nous faisait marrer, les bruits parfois stridents qui pouvaient sortir de l’enceinte faisaient criser pas mal de nos potes de classe…
Le truc, c’est qu’a force de persévérance et de pratique on arrivait quand même à sortir des notes, et même à jouer des airs. On prenait des reperds de fréquences sur le GBF, et jouait les notes que l’on voulait. Notre plus grand succès était « J’ai du bon tabac ».
Grande classe !

Je vous parle de cela, parce que, je n’aurais jamais pensé qu’un musicien soit capable un jour de poser un GBF sur une table de travail, et de jouer avec, en live.
Premièrement parce qu’il s’agit avant tout d’un appareil électronique et non d’un instrument, mais aussi parce qu’au niveau de l'édition sonore, on ne contrôle pas forcement ce qu’on veut.
Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais il n’existe (à ma connaissance) que très peu de moyen d’être exacte sur chacune des notes joués, et quand bien même des musiciens en seraient capables, la courbe d’apprentissage serait beaucoup trop longue et tuante.
Et pourtant, c’est bien avec ce genre d’appareil que travaille Dan Deacon.

A l’allure de nerdz, gras du bide, teeshirt troués, lunettes rafistolé avec du scotch, ce jeune musicien originaire de Baltimore travail avec un matériel hors du commun. Du matos à faire pâlir plus d’un geek de la musique électronique. Vocodeur, générateur de basses fréquences, sampler, modulateur, mixer, synthé, bref la liste est longue…
Cette espèce de Jeo trouve tout, joue de la musique 8bits/Abstract, et triture ces sons en live. Il déforme, agresse, coupe, module ses sons ainsi que sa voix, et ce, en temps réel. La performance est assez impressionnante, surtout qu'il gere sur scene une quinzaine de personnes en meme temps. Il se sert de son générateur de basse fréquence pour ajouter des harmoniques à ses morceaux, et la prouesse ne peut être que respecté en musique électronique.

L’album est extrêmement riche et plein de surprises.
Il mélange musique de jeu vidéo, musique d’ambiance, et … du Bruit. Parfois touchant, parfois excitant, parfois bordelique, cet album vaut le détour, même si a la première écoute, il peut surprendre, et paraitre innaccessible.

Une tournée est attendue dans le courant de l’année.
Dan Deacon baladera les 15 personnes qui ont contribués à son album tout autour des états unis, pour un live comme on en voit peu en électro. So let’s wait and see…


MySpace:http://www.myspace.com/dandeacon

Son Matos (pour les curieux) : http://asap.ap.org/data/interactives/_entertainment/dandeacon/